Je consacre aujourd’hui le fruit de ma réflexion sur les célébrations touchant au 50ème anniversaire de la création de la première unité de missiles sol air de la Luftwaffe honorant par cette occasion l’ensemble des systèmes d’armes sol air allemand. Alors que nous allons dissoudre le dernier régiment Hawk de l’armée française (402 RA) dans quelques années il serait souhaitable que l’on puisse s’inspirer de nos amis d’outre Rhin !
Avec la création de la Bundeswehr en 1955 (la Luftwaffe ne fut mise en place qu’un an après), et son entrée au sein de l’OTAN, l’Allemagne fédérale se devait de participer à l’effort de défense au sein de l’Alliance. Dans le domaine de la défense sol air la création, le 1er avril 1959, du 21ème bataillon de missiles sol air à Cologne annonce la mise en place d’une entité sol-air au sein de la toute nouvelle Luftwaffe. En effet l’apparition, dans les années 1950, de bombardiers stratégiques capables de voler à des altitudes de 13 à 15 000 mètres et la proximité des bases de chasseurs à proximité de la frontière Allemande fit apparaître des menaces contre lesquelles les canons anti-aériens ne pouvaient plus rien. Il fallut alors mettre en chantier un système de défense aérienne basée sur des missiles. C’est en 1959 qu’on vit alors apparaître les premières unités sol air américaines équipées des missiles Nike-Ajax puis Nike Hercules. Ces systèmes étaient fixes ou semi-mobiles étaient plus particulièrement destinés à une défense stratégique contre les bombardiers. (Les missiles Nike pouvaient être équipés d’une ogive nucléaire dans le cadre d’une utilisation sol sol).
Face à la menace grandissante que représentaient les forces aériennes du Pacte de Varsovie en Europe (rappelons pour mémoire que Strasbourg n’était qu’à une demi-heure de vol pour un Mig!) l’Allemagne fédérale, avec l’aide de son allié américain, alignera en 1962 six bataillons Nike. L’indispensable nécessité de créer une véritable barrière missile sol air amenèrent l’OTAN à renforcer celle-ci par l’affectation d’unités sol air alliées supplémentaires provenant des forces Américaines, Belges, Néerlandaises, et Françaises (jusqu’en 1966). Stationnées sur l’ensemble du territoire allemand elles formèrent une vaste ceinture de sécurité sol air partant de la mer du Nord jusqu'aux confins du lac de Constance en forêt noire. La mise en place, et le transfert de toutes ces unités, pris du temps en raison des nombreux travaux d’infrastructures à réaliser sur les sites fixes prévus, et ne furent terminées qu’en 1973.
Dans ces débuts la formation des personnels de défense sol air de la Luftwaffe se faisait sous l’autorité des cadres de l'US Army au sein de la Base américaine de Fort Bliss au Texas. Au fil du temps cependant, l'armée allemande pris les rênes de la formation de ses personnels et créera en 1966 son propre centre de formation au sein de la Base américaine. Ainsi l’ensemble des unités de formations allemandes sol air quittèrent le sol de la RFA pour s’installer et rejoindre définitivement leur nouvelle affectation aux Etats-Unis. Désormais la formation de tous les personnels officiers et sous-officiers spécialistes missiles sol air se fait au « Centre école d’instruction et de formation tactique des missiles sol air de la Luftwaffe » au Texas. Outre la formation l’instruction et la spécialisation des équipages une section "développement", est en charge des travaux de conception de recherche et de la mise en ouvre des systèmes existants et futurs.
Face aux nombreuses crises qui secouèrent les relations Est-Ouest, tout au long de la guerre froide, une seconde ceinture de protection fut rapidement crée, destinée à être mise en amont du dispositif de défense anti-aérien existant. Afin de rendre cette barrière plus performante il fallut également prévoir le remplacement des missiles Nike vieillissant devenant peu à peu obsolète dans la défense anti-aérienne de haute et moyenne altitude.
Aussi pour compléter le système Nike par un système de défense anti-aérien destiné à la lutte de moyenne portée contre tous types d'aéronef tactique mobile les Américains avaient entamé des études sur les missiles sol-air à radar semi-actif. La firme Raytheon met au point un système complet capable de frapper des aéronefs supersoniques à moyenne et basse altitude et d'accompagner une armée en campagne. Ce système s'appellera Hawk, acronyme de Homing All the Way Killer (tueur guidé tout au long de son vol).
Les nouveaux missiles Hawk équiperont rapidement les batteries d’artillerie de l’armée américaine et celles des forces alliées. Il s’ensuivit la création ad hoc de nouvelles unités et la Luftwaffe totalisera neuf bataillons Hawk s’additionnant aux six unités Nike déjà existantes.
En réunissant les deux systèmes d’armes l’on désirait conjuguer leur puissance de feu et créer un système complémentaire couvrant de la basse à la très haute altitude tout en étant relativement mobile. Mais malgré leur complémentarité relative il fallait bien vite reconnaître que le système existant avait ses limites.
Dans les années 80 les bureaux d’études de l’industrie d’armement américain poursuivirent leurs efforts afin de trouver un nouveau système d’arme capable de moderniser la défense sol air. Après des années de recherches l’armée américaine retiendra un système développé à l'arsenal de Redstone à Huntsville en Alabama, et que l’on connaît sous la dénomination de « Patriot » (Abréviation de « Phased Array TRacking to Intercept Of Target », soit "Poursuite à antenne active pour l'interception de cible).
Livré à partir de la fin des années 80 le Patriot combine un système avancé de missile d'interception anti-aérien renforcé avec l'un des plus performants radars du monde. Seul système d'arme anti-aérienne à avoir engagé un missile balistique avec succès il semble fournir la plate-forme idéale de protection ABM (anti-ballistic missile).
La livraison du Patriot à la défense sol air allemande conduit au développement d’un nouveau concept dénommé « cluster ». Son objectif est la création de verrous opérationnels mobiles de défense sol air permettant le déploiement d’unités mixtes composées de batteries de missiles Patriot, Hawk et Roland. La création de ces pôles sol air demande une interopérabilité complète et une grande flexibilité tactique des différents systèmes d’armes pour gérer le « cluster ».
La chute du mur en 1989, la fin du conflit Est-Ouest en 1991 bouleversent les missions antérieures assignées à la Bundeswehr exigeant une réorientation de la doctrine d’emploi issu de la Guerre froide et une réorganisation complète des unités. Les premières mesures visèrent d’abord à démanteler les sites fixes sol air allemands et le rapatriement des unités alliées vers leurs pays. En outre la Luftwaffe, avait en charge de concourir à la dissolution et de l’aviation de l’ex-RDA soit 37 000 militaires et 10 000 personnels civils à la suite des forces afin de réussir une déflation d'effectifs de façon à ramener les forces stationnées sur le territoire oriental de l'Allemagne à 50 000 hommes dont la moitié d'appelés.. Pour cela fut crée un grand commandement à Strausberg près de Berlin le Bundeswehr Kommando Ost , englobant initialement les forces des trois armées sur le territoire de l'ex-République Démocratique Allemande.
Les unités opérationnelles résiduelles de l’ouest se regroupent sous l’autorité d’un commandement sol-air allemand dont la mission première était la gestion de différents systèmes d'armes et la réorganisation de la Luftwaffe d’une Armée de défense territoriale en une force capable d’assumer des opérations extérieures. Dans ce cadre la dissolution des escadres Hawk fut résolue et s’achèvera quelques années plus tard.
Les conflits en Ex-Yougoslavie et dans le Golfe pressèrent les hauts responsables politiques et militaires allemands à tenir leur engagement militaire au sein de la coalition ce qui fut le cas, non sans problèmes, des batteries sol air déployées sur la frontière turquo-irakienne durant l’opération tempête du désert.
Actuellement trois escadres allemandes sont équipées de batteries Patriot et du réseau de gestion des missiles sol-air SAMOC (Air Defence Command and Control System) particulièrement performants. Mis au point pour l'armée de l'air allemande, ce système permet d'optimiser et d'améliorer l'efficacité des opérations en cas d'utilisation de différents types de détecteurs et de systèmes d'armes, grâce à des techniques de pointe en matière de planification, de gestion des données, de traitement avancé des données et d'affichage ergonomique. Jouant le rôle d'un centre de commandement et de contrôle mobile pour les opérations basées au sol de défense aérienne et anti-missiles, ce SAMOC offre une fonction de gestion intégrée des opérations qui peut s'utiliser dans le cadre d'opérations menées dans ou à l'extérieur de la zone de l'OTAN.
Elles peuvent agir en permanence sur le territoire fédéral ou dans le cadre de missions multinationales. La défense sol-air de l’armée de l’air allemande est actuellement composée de six groupes Patriot, réparties au nord et au sud de l’Allemagne sur la base de trois escadres réparties de la manière suivante :
L’escadre de défense sol air 1 « Schleswig Holstein » : Composée des Groupes de défense missiles sol air 25 et 26 stationnés dans le Nord de l’Allemagne (villes de Husum et Stadum). Elles sont en charge de la défense du territoire et des sites sensibles civiles et militaires.
L’escadre de défense sol air 2 « Mecklenburg Vorpommern » : Est une composante élargie de la défense aérienne du territoire fédéral. Elle peut être employée à accomplir des missions d’assistances extérieures. Elle rassemble les groupes de défense missiles sol air 21 et 24.
L’escadre de défense sol air 5 : Quant à elle dépend administrativement de la 1ère Division aérienne basée à Fürstenfeldbruck Composé des groupes de missiles sol air 22 et 23 c’est une unité opérationnelle de défense aérienne de l’OTAN. Ainsi en cas d’engagements décidé par l’OTAN elle passe sous le contrôle du « Combined Air Operations Centre 4 » de Messtetten en Bavière.
Il se matérialise dans le projet d'armement tri-national « Medium Extended Air Defense System » (MEADS) qui remplacera définitivement le Hawk, et une partie du Patriot.
Effort d’une coopération transatlantique composée de Lockheed Martin (Etats-Unis), de Daimler Chrysler Aerospace AG (Allemagne), et d'Alenia Marconi Systems (Italie) ce futur système de défense antiaérien tactique sera capable de lutter contre toute forme de menace bombardiers supersoniques ou missiles.
MEADS permettra d'améliorer la couverture de défense aérienne sur des théâtres d’engagements militaires plus importants en assurant la protection à la fois de sites civils et militaires. Pouvant être déployées sur n’importe quel théâtre d’opération grâce à sa capacité aéro transportable (sur C 130) MEADS pourra assurer en tout lieur la défense anti aérienne des forces de manœuvre. Il fournira un système polyvalent et une force de protection indispensable pendant toutes les phases d’opérations militaires terrestres. Il pourra aussi bien être employé dans le cadre d'un système intégré de défense aérienne, ou individuellement dans les opérations de stand-alone.
MEADS fournira dans les prochaines années le système de défense anti aérien qui faisait cruellement défaut à l'armée de l’air allemande. Il semble apporter la réponse adéquate aux défis que représentent aujourd’hui la protection contre les missiles balistiques tactiques, les missiles de croisière et les drones.
Tout au long de la Guerre froide les unités sol –air allemandes et alliées, ont été les garants de la défense anti-aérienne de l’Europe occidentale face à l’aviation de combat du Pacte de Varsovie. La capacité des ces unités à pouvoir intercepter et faire face 24 heures sur 24 à une possible incursion surprise (et massive) d’avions de combats ennemis contribuera de façon efficace à protéger durant plus de soixante ans l’Allemagne fédérale.
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