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Le Tir.



    Nuit et jour s'imposait une veille vigilante, dans des conditions souvent difficiles, au gré de l'actualité photo intérieur bcctchadienne, rythmée par l'alternance des équipes sur la position de tir. Mais cette veille ininterrompue, aussi ingrate fut-elle parfois, ne fût pas vaine...

    En mars 1987, après plusieurs mois d'un relatif statu quo, le détachement Epervier assiste à une recrudescence de la tension entre les deux belligérants. Au Nord, le Tchad s'est lancé dans une campagne de reconquête de ses territoires occupés par la Libye.

    Le 5 septembre, une colonne tchadienne mène une attaque surprise à 100 Km à l'intérieur du territoire libyen. Objectif : détruire la base à partir de laquelle l'aviation libyenne bombarde des localités du nord duphoto indexation missile Tchad. Le bilan de ce "rezzou" est lourd pour les forces libyennes. Face à cet important revers dont le retentissement, colporté par les vents du désert, est énorme, la Libye n'allait pas rester sans réagir !

    Plus que jamais, le dispositif Epervier est sur ses gardes. Dans les airs, l'activité des intercepteurs, ravitaillés en vol, est particulièrement intense. Au sol, les moyens de détection scrutent le ciel, à l'affût du moindre indice.

    A N'Djamena, le 7 septembre, il est 6h50. Alors que se prépare la relève des équipes sur le site HAWK, le sillage blanc d'une patrouille de Mirage F1 en mission de protection aérienne raye le ciel azuré. Au sol, le photo mirageradar Centaure vient de détecter un écho suspect. Faisant cap au sud, un aéronef non identifié, après avoir survolé le Niger en empruntant un couloir de circulation aérienne, a soudainement bifurqué au-dessus du Nigeria, et survole maintenant le Cameroun à grande vitesse. Il semble venir droit sur la capitale tchadienne. Aussitôt l'alerte générale est donnée ; les deux F1 se ruent pour intercepter l'appareil inconnu. Chaque seconde compte.


   

6h51.

 
    Le chef de patrouille annonce un "contact radar" avec un avion volant à très grande vitesse et à moyenne altitude. La confusion avec un avion civil, lequel serait incapable d'atteindre cette vitesse à cette altitude, est impossible. Au même moment, après avoir reçu le compte rendu d'accrochage de l'objectif par l'unité Hawk, les contrôleurs au sol constatent la non réponse de l'inconnu aux diverses interrogations IFF habituelles. L'appareil est classé hostile. Toutefois, l'avion ne survolant pas encore l'espace aérien tchadien, l'ordre de tir n'est pas donné aux Mirages.

    Aux abords du lac Tchad, à cheval sur les frontières du Niger, du Nigeria, du Cameroun et du Tchad, l'appareil muet met brusquement le cap vers N'Djamena. Estimant que les Mirages F1 ne pourront l'intercepterdessin tupolev 22 à temps, tous les systèmes antiaériens se tiennent prêts. Les derniers doutes sont levés lorsque les caméras de télévision du système de tir des Crotale identifient un Tupolev 22 libyen.

Quelques instants plus tard, l'avion franchit la frontière tchadienne et entre dans le volume de responsabilité des batteries de missiles Hawk. Conformément aux procédures, les F1 français reçoivent l'ordre de "dégager".

   

6h59.

 
    L'ordre de tir est donné. La cible est alors à 8 nautiques de la batterie Hawk. De son centre de contrôle, l'officier de tir, le lieutenant Aznar, commande au peloton Bravo de faire feu. Bravo tire, mais le missile ne part pas ! Aussitôt, le lieutenant Aznar commande le feu au peloton Alpha qui exécute et rend compte : "missile parti". Quelques secondes plus tard, l'écho  "disparaît" des écrans de contrôle ; l'objectif est détruit avant d'avoir réussi son attaque. C'est la première fois depuis la seconde guerre mondiale que la France abat un avion en vol.

    Atteint de plein fouet par le missile Hawk, le TU 22 libyen se brise en plusieurs parties, dont les débris enflammés s'écrasent à quelques centaines de mètres du Camp Dubut, où était cantonné le détachement photo train atterrissage TU22 abattuHawk. Frappé avec ses soutes ouvertes, les bombes à fragmentation qu'il emportait sont éjectées de l'appareil sans avoir été complètement armées. Une seule bombe fuse au sol, heureusement sans éclater ni causer de victime.

    La reconstitution de la trajectoire du TU 22 montra, par son alignement sur une série de châteaux d'eau parfaitement visibles du ciel, qu'il s'apprêtait à bombarder les installations majeures du dispositif Epervier à N'Djamena. L'examen des débris, malgré le pillage par la population, permit de confirmer qu'il s'agissait bien d'un TU 22 dont l'origine adverse était incontestable.

   

Epilogue.

 


    Le 18 novembre 1989, après presque quatre années de présence opérationnelle, le contexte international évolue favorablement et la France retire de son dispositif de défense sa protection sol-air moyenne portée.
Non, cette veille ne fût pas vaine... Les personnels des onze détachements qui se succédèrent surent démontrer l'efficacité du système d'arme Hawk, dont l'effet dissuasif aura sans nul doute influé sur le retour de la paix dans cette région du monde.

    Ces pages, que nos anciens ont écrit, sachons nous les rappeler et les faire partager autour de nous ; chaque cérémonie a une importance dans notre culture de soldat professionnel. Le 7 septembre est l'un de ces moments privilégiés qui nous permet de nous remémorer ces instants de fierté du Hawk et de cultiver notre identité d'artilleur sol-air.

   
Donnons à ce jour particulier l'éclat qu'il mérite.




 
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